Église et Cloches : Rouez-en-Champagne (72), église St-Martin.

Rouez-en-Champagne est un sympathique village situé au Nord-Ouest du département de la Sarthe. Faisant partie du canton de Sillé-le-Guillaume, le village possédait en 2017 771 habitants. Rouez s’enorgueillit de posséder une très belle et grande église fraichement restaurée.

L’église Saint-Martin :

L’église de Rouez date des XIe et XVe siècles, elle a été remaniée au XIXe siècle. La page Wikipédia sur la commune nous en apprend plus sur l’histoire et les éléments de cette église :

  • « Les bras du transept furent élevés à la charnière des XVe et XVIe siècles.
  • Retable de la Nativité de 1641, dont le tableau central représente l’Adoration des trois rois mages et est entouré des statues du pape Urbain avec sa croix papale à trois branches et de Saint-Martin, avec sur la corniche deux anges de style baroque entourant Joseph avec l’Enfant Jésus. Au pied du Christ crucifié, statue de la Vierge en terre cuite du XVIIe siècle.
  • Vers 1642, l’église s’est enrichie d’un décor remarquable comptant les deux retables, du choeur et de la chapelle méridionale, donnés par Urbin de Gennetay, curé de la paroisse. Présentant un style maniériste, ils sont caractéristiques des réalisations de l’architecte lavallois Pierre Corbineau. Contemporaines des retables, les statues en terre cuite qui les décorent ainsi que celle de Sainte-Pétronille de la nef sont attribuées à un des fils du sculpteur manceau Gervais I Delabarre.
  • Saint-Sébastien et Saint-Jean-Baptiste, deux statues en terre cuite du mur occidental sont les œuvres du sculpteur manceau Noël Mérillon.
  • Statue équestre en pierre de saint Martin (XVIe siècle) et deux retables.
  • Le retable nord et la statue en terre cuite de Saint-Jacques le Majeur furent réalisés en 1727 par Pierre Lorcet. Dans la même chapelle est conservé un groupe du Calvaire, comptant un Christ en croix en bois du XVIIe siècle et des statues de la Vierge et de Saint-Jean l’Evangéliste en terre cuite de la fin du XVIe siècle.
  • Les restaurations des XIXe et XXe siècles ajoutèrent les deux bas-cotés et amputèrent l’église d’une travée.
  • Destruction de la nef romane et ajout de bas-côtés néogothiques et en 1902, amputation d’une travée, pour élargissement de la route. »

L’église possède en tout quinze vitraux, chacun d’entre eux est décrit à l’adresse suivante : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rouez#%C3%89glise_Saint-Martin

Le Clocher :

Jusqu’ici, aucune date ne nous mentionne la construction du clocher que nous connaissons actuellement. Situé au dessus de la croisée du transept, vous allez voir que la sonnerie à l’intérieur est digne de cette très belle église. Mais avant cela, nous allons parler de l’accès au clocher. Il faut franchir dans un premier temps une porte se situant dans un des deux bas-cotés de l’église, celle-ci nous conduit dans la première partie des combles via un raide escalier en bois. Il faut passer au dessus de la voûte pour rejoindre plus loin une grande échelle en bois. Elle nous conduit jusqu’à la partie haute des combles au dessus de la nef. Ainsi nous arrivons à l’étage inférieur du clocher.

A ce niveau nous retrouvons étonnamment deux cloches, l’une plutôt imposante contrairement à l’autre qui est relativement petite. Autrefois ce n’était pas des cloches qui étaient à ce niveau, mais le mécanisme de l’horloge. Sur des photos d’époque, on s’aperçoit d’ailleurs qu’il n’y avait aucune ouverture à ce niveau, simplement la présence d’une petite vitre.

Continuons notre ascension pour arriver dans le cœur du clocher. Il suffit d’emprunter de nouveau une grande échelle en bois, et là surprise, 3 cloches s’offrent à nous !

C’est donc au total 5 cloches qui sont logées à l’intérieur de ce clocher qui, d’apparence, ne parait pas si grand que ça.

Les cloches :

Les cloches, parlons-en ! Mais avant de parler des cloches actuelles, revenons dans le passé pour parler de l’ancienne sonnerie. En 1809, des documents d’archives nous apprennent que « sur le plan matériel, l’église, désaffectée pendant huit ans, n’était pas en très bon état ; la petite cloche, « Jeannette », qui servait surtout à appeler au catéchisme, tomba, un jour, sur la plus grosse et toutes deux furent brisées. Le curé appela un fondeur d’Alençon, « Piqué ». C’était en 1809, l’année d’Eckmüll et de Wagram, la guerre faisait rage, les canons tonnaient et le bronze était rare.
Pour refaire la grosse cloche à son poids, on dut céder « le moine blanc », une très petite
cloche sauvée de l’abbaye de Champagne (à Rouez). […] La nouvelle cloche porta l’inscription : « L’an 1809, j’ai été bénite par Jean-François Jardin, desservant de cette paroisse, et nommée Louise-Marie par Monsieur Louis Bozon, médecin à Sillé-le-Guillaume, et par Dame Marie Legouet, épouse de M. Latouche, maire de
Rouez. Piqué, fondeur. Alençon ». A cause de la rareté du cuivre et de l’étain, on tricha un peu et on mit beaucoup de plomb, ce qui donna un alliage peu résistant qui s’écrasa et une sonorité mate. Très usée et ébréchée, cette cloche fut refondue en 1973″. Pendant la refonte, il ne resta qu’une seule cloche dans le clocher, il s’agit de la Champagne. Fondue en 1719 par Charles et Pierre Asselins, celle-ci provient de l’abbaye de Champagne (à Rouez) et a donc été transportée à l’église du village. Elle pèse 320 kg et chante un La#3 très lugubre. Il s’agit de la cloche n°4 de l’ensemble campanaire actuel. L’histoire et la description de cette cloche sont racontées dans un autre article en parallèle, cliquez ici pour en apprendre plus et bénéficier d’un enregistrement du solo de cette cloche. Bref, revenons en 1973. Une cérémonie rarissime, la dernière datant de 1809, s’est déroulée le dimanche 25 mars 1973 en l’église Saint-Martin de Rouez-en-Champagne. Il s’agissait de la bénédiction de 3 nouvelles cloches ! Provenant de la fonderie Bollée à Orléans, ces nouvelles cloches sonnent le Do#4 Sol#3 Fa#3 (ainsi pour s’accorder avec le La#3 déjà dans le clocher). Dans son allocution l’abbé Brossard rappela le rôle des cloches : « De leurs voix sonores, elles convoqueront les paroissiens pour le service de Dieu, leur rappelant que le premier devoir de l’homme est d’adorer son créateur. […] Faisant partie d’un culte liturgique, elles sonnent les étapes de la vie chrétienne. Habitantes de Rouez, qu’elles lui sonnent des jours heureux et prospères. » Parlons donc plus en détail de ces trois cloches : La plus petite nommée Bénédicte Marie Louise Patricia Pascal, elle fut rapatriée d’Algérie en 1970. Offerte par l’abbé Brossard en 1973, elle fut refondue dans les ateliers Bollée à Orléans pour s’accorder avec les autres cloches. Chantant un petit Do#4, celle-ci pèse 190 kg. Passons à la deuxième cloche. Nommée Martin Pierre Monique Jean Marie, cette cloche sonne le Sol#3 pour un poids de 480 kg. Chargée de sonner 3 fois par jour les angélus, on remarque que cette cloche n’est pas une très belle réussite au niveau sonore. La résonance de celle-ci est plutôt « d’une intensité faible ». Il pourrait s’agir de la refonte de la cloche fondue par Piqué en 1809, là ou on avait triché sur la composition du métal (« on mit beaucoup de plomb, ce qui donna un alliage peu résistant qui s’écrasa et une sonorité mate »). Passons à la plus grosse cloche. Elle fut nommée Marie Charles Louise Clément, elle pèse 650 kg et sonne le Fa#3. Cette cloche sonne aujourd’hui les heures pleines et les demies-heures. Ainsi, après la bénédiction des 3 nouvelles cloches, chacun put faire entendre la voix des cloches, et enfin un vin d’honneur réunissait le conseil municipal et les invitait autour du consécrateur à la salle de catéchisme. L’église St-Martin de Rouez aura retrouvé sa voix avec maintenant 4 cloches dans le clocher ! Mais cela n’aura duré qu’un an car en effet, en 1974, il est décidé d’agrandir la sonnerie. Un devis fut donc de nouveau passé à la fonderie Bollée de Orléans. Après analyse, on décide pour compléter l’accord avec les 4 autres cloches de rajouter un Ré#3. C’est donc en 1974 qu’a eu lieu en l’église St-Martin la bénédiction du « Bourdon », comme les Roueziens l’appelaient à l’époque. Cette très belle cloche d’un poids de 1115 kg est nommée Jean Marie Baptiste Pierre Michel. Elle est installée sur un beffroi en fer à coté de la plus petite cloche, à l’étage inférieur du clocher. Seul petit bémol, cette cloche est légèrement désaccordée avec les 4 autres puisqu’elle est un peu trop aigue, un Ré#3 un plus grave aurait été mieux, même si la sonnerie reste en soit très jolie.

C’est donc une découverte plutôt inattendue dans ce clocher, nous n’aurions jamais imaginé que 5 cloches en Do#4 La#3 Sol#3 Fa#3 Ré#3 se cachaient à l’intérieur. Chose par ailleurs plutôt intéressante, l’accord formé ici avec les 5 cloches est très rare dans l’Ouest de la France. A notre connaissance, seules les 5 cloches de la cathédrale de Laval (53) forment le même accord. Après un long paragraphe sur l’histoire des cloches, voici plusieurs photos :

Description des cloches :





Tableau de commande :

Vieux tableau de commande Bodet pour les sonneries manuelles, et BTE2 de chez Bodet pour les sonneries programmées (angélus, horaires,…).

La vidéo :

Disponible également :

L’enregistrement brut (HD) du plenum effectué sous le clocher dans l’église :

  • L’enregistrement extérieur (HD) de l’angélus sur la cloche n°3 :

Remerciements :

  • Je remercie Mr Paul MELOT, maire du village pour m’avoir autorisé l’accès au clocher afin de répertorier les cloches de l’église de Rouez-en-Champagne.
  • Mention spécial à mon ami Arthur Bamas (Fanacloche) qui m’a accompagné durant cette visite. Je le remercie pour le prêt de sa caméra, de ses éclairages, de ses enregistrements et de ses photos.
  • Je remercie Jean-Marc Plard pour m’avoir fournit de nombreuses informations sur l’historique et l’évolution de la sonnerie de l’église St-Martin à Rouez-en-Champagne.

Sources normées :

Un article de Quentin Boisnay alias Les Cloches Sarthoises

Fait le : 10/07/2020

Publié par lesclochessarthoises

Je suis un passionné des églises et des cloches. Je travaille pour la répertorisation des cloches de la Sarthe, de la Mayenne et d'ailleurs.

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